Call for Papers – Artificiality | Surfaciality
Appel à contributions
Artificiality | Surfaciality
Conférence Internationale entre
Rutgers University (NJ) et Aix-Marseille Université (France)
9 et 10 avril 2026
“En constatant, en notant la forme de leur flèche, le déplacement de leurs lignes, l’ensoleillement de leur surface,
je sentais que je n’allais pas au bout de mon impression, que quelque chose
était derrière ce mouvement, derrière cette clarté, quelque chose qu’ils semblaient contenir et dérober à la fois.”
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1913
En se remémorant les clochers de son enfance, le narrateur de À la recherche du temps perdu remarque combien les impressions produites par l’apparence d’un objet éclipsent si souvent son essence. Sa forme visible éblouit l’observateur et masque ce qui se trouve au cœur de l’objet. Tout comme le chef-d’œuvre de Proust propulse la subjectivité dans le monde moderne, inondé de perceptions de plus en plus détachées de vérités stables, le lancement de l’ère computationnelle suit une trajectoire comparable. Depuis le XXᵉ siècle, les sciences computationnelles et les modèles automatiques se sont développés à un rythme asymptotique. Les images, sons et autres stimuli sensoriels générés artificiellement envahissent la vie quotidienne, brouillant davantage les frontières entre représentation et réalité. Cette conférence invite ainsi les chercheurs à réfléchir sur l’évolution contemporaine des modes de représentation et de conceptualisation de la réalité, tout en prenant en compte les questionnements théoriques anciens sur l’artificialité et la superficialité.
Nous attirons l’attention sur l’importance de la surface – le plan perceptible de la représentation – et sur la manière dont elle est devenue un terrain foisonnant de représentations dépassant ce qu’Aristote avait envisagé en définissant la mimesis dans sa Poétique. Les modèles d’intelligence artificielle constituent un exemple particulièrement actuel : pour l’esprit collectif, leurs architectures computationnelles complexes sont souvent éclipsées par leurs productions spectaculaires, intelligibles, visibles et tangibles, et donc plus faciles à comprendre que les mécanismes sous-jacents qui les génèrent. À l’image de l’agent androïde Ash qui devient antagoniste dans Alien de Ridley Scott (1979), les œuvres contemporaines en littérature, cinéma et arts visuels soulignent la dimension superficielle des modèles automatisés en représentant des machines dont les apparences séduisantes fascinent et trompent. Dans ces récits, l’intériorité de la machine apparaît fictive, elle est une vision créée par les utilisateur-ices et projetée sur le modèle, remettant ainsi en question la dichotomie classique entre essence et apparence.
Cet équilibre qui penche en faveur de la surface dans les modes de représentation, peut être désigné par le néologisme « surfacialité », qui met la surface au premier plan tout en conservant, sans les nier totalement, les connotations négatives de la superficialité. Dans ce cadre, la surfacialité est en jeu dans de nombreux domaines au-delà de l’esthétique. Divers systèmes sémiotiques, par exemple, mettent en lumière la primauté de la surface dans la représentation : la distinction signifiant-signifié de Jakobson ou les structures profondes et superficielles de Chomsky témoignent d’une compréhension du langage reposant à la fois sur la forme superficielle et sur des substrats sous-jacents. Ces modèles appliquent implicitement un cadre computationnel au langage, conceptualisant le savoir linguistique comme un input constamment traité pour générer un output. La pratique scientifique elle-même met en évidence la prédominance de la surface sur la profondeur. La médecine occidentale est souvent critiquée pour privilégier la gestion des symptômes et former les médecins à agir en techniciens, au risque de diagnostics manqués ou retardés influencés par des biais sociaux. La surfacialité peut ainsi constituer un vecteur d’inégalités structurelles, comme le rappellent également les études critiques sur le racisme : pour Fanon, la peau devient le site principal de la racialisation, entraînant ainsi « l’épidermisation de l’infériorité ».
Les interprétations de « Artificialité | Surfacialité » peuvent donc explorer des domaines variés (mais sans s’y limiter) :
-Approches spéculatives de l’IA et des surfaces artificielles en littérature, philosophie, et théorie des médias
-Médias et représentations liés à l’IA, technologies deepfake
-Surfaces de mémoire (archives, palimpsestes, bases de données, traces numériques…)
-Auteur·trice, authenticité et artificialité, propriété intellectuelle et régimes juridiques de l’IA
-Posthumanisme, cyborgs, avatars, corps synthétiques
-Anthropomorphisme et métamorphose
-Hallucinations, imprévu
-Affect et émotions dans les productions générées par IA
-Lecture de surface, lecture attentive, lecture computationnelle en analyse littéraire et culturelle
-Théories de l’essence, de l’apparence, épistémologie et phénoménologie
-Linguistique, langage comme surface/profondeur, traduction, glossaire et commentaire
-Esthétique de l’artificialité, glamour
-Spectacle, illusion, ornementation et performance
-Opacité, systèmes de surveillance et de contre-surveillance
-Surfacialité dans le multiculturalisme néolibéral et le capitalisme racial
-Conceptions de l’artifice, de l’imitation et du « naturel » par opposition au « fabriqué » à l’époque moderne
-Écologie des surfaces (interfaces, environnement, artificialité du « naturel »)
-Vie artificielle, simulations écologiques, matérialités numériques
Cette conférence constitue donc une invitation à explorer la fracture représentative entre surface et profondeur, et la manière dont le niveau superficiel de la représentation tend à l’emporter sur les implications invisibles qui se trouvent en dessous. Elle se déroulera sur une journée et demie, avec deux demi-journées simultanées entre Rutgers University (NJ, USA) et Aix-Marseille Université (France), les 9 et 10 avril 2026.
Des participants issus du monde académique, artistique et professionnel en lien avec l’intelligence artificielle interviendront lors de cet événement, et nous invitons les doctorant·es ainsi que les jeunes chercheurs·ses de toutes disciplines à proposer des communications d’environ 15 minutes. Les propositions, à envoyer à stephane.eckert-fuchs@etu.univ-amu.fr avant le 31 janvier 2026, devront inclure un résumé de 250 mots avec un titre provisoire, une courte biographie de 100 mots et une brève bibliographie.
“En constatant, en notant la forme de leur flèche, le déplacement de leurs lignes, l’ensoleillement de leur surface, je sentais que je n’allais pas au bout de mon impression, que quelque chose était derrière ce mouvement, derrière cette clarté, quelque chose qu’ils semblaient contenir et dérober à la fois.”
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1913
When recalling the steeples from his childhood years, the narrator of In Search of Lost Time notes how the impressions made by an object’s appearance so often eclipse its essence. Its visible form dazzles the observer and obscures what lies at its core. Just as Proust’s masterwork propels subjectivity into the realm of the modern world, awash with perceptions increasingly detached from stable truths, so does the launch of the computational age. From the 20th century onwards, computational sciences and automatic models have risen at an asymptotic pace. Artificially generated images, sounds, and all kinds of sensory stimuli increasingly permeate everyday life, further blurring the boundaries between representation and reality. This conference thus invites scholars to reflect on how modes of representing and conceptualizing reality are evolving today, while attending to the longstanding theoretical scrutiny of the artificial and the superficial.
We draw attention to the significance of the surface––the perceptible plane of representation––and to how it has become a hotbed of representations surpassing whatever hopes Aristotle had in mind when defining mimesis in his Poetics. AI models are a highly topical case-in-point: to the collective mind, their intricate computational architectures are often overshadowed by their spectacular outputs, which are intelligible, visible, and tangible, and thus far easier to comprehend than the underlying mechanisms that generate them. Much like the android agent Ash becoming an antagonist in Ridley Scott’s 1979 Alien, contemporary works across literature, cinema, and the visual arts highlight the superficial dimension of automated models by depicting machines whose alluring appearances fascinate and deceive. In such narratives, the interiority of the machine appears fictitious, a vision created by the users and projected onto the model, thereby challenging the canonical dichotomy between essence and appearance.
This imbalanced equilibrium favoring the surface within representational modes can be referred to by the coinage “surfaciality,” which foregrounds the surface while also keeping the negative connotations of superficiality at bay, though never entirely dispelling them. Surfaciality is at stake across a wide range of domains beyond aesthetics. Various semiotic systems, for instance, illuminate the prominence of surface in representation: Jakobson’s signifier-signified distinction or Chomsky’s deep- and surface-structures testify to an understanding of language itself relying on surface form and underlying substrata. Such models implicitly apply a computational framework to language, conceptualizing linguistic knowledge as input constantly processed to generate output. Scientific practice, too, highlights the predominance of surface over depth. Western medicine is often criticized for privileging symptom management and training physicians to act as mechanics, resulting in missed or drawn-out diagnoses shaped by social bias. Surfaciality can thus be a vector for structural inequities, as critical race studies also remind us: for Fanon, skin becomes the primary site of racialization, thus leading to the “epidermalization of inferiority”.
Interpretations of “Artificiality | Surfaciality” may thus explore (but are in no way restricted to):
- Speculative approaches to AI and artificial surfaces in literature, philosophy, media theory
- AI media and representations, deep-fake technologies
- Surfaces of memory (archive, palimpsest, databases, digital remains…)
- Authorship, authenticity and the artificial, intellectual property, and legal regimes of AI
- Posthumanism, cyborgs, avatars, synthetic bodies
- Anthropomorphism and metamorphosis
- Hallucinations, the unexpected
- Affects and emotions in AI-generated expressions
- Surface reading, close reading, computational reading in literary and cultural analysis
- Theories of essence, appearance, epistemology, and phenomenology
- Linguistics, language as surface/depth, translation, gloss, and commentary
- Aesthetics of artificiality, glamour, queer excess, and camp
- Spectacle, illusion, ornamentalism, and performance
- Opacity, systems of surveillance and sousveillance
- Surfaciality within neoliberal multiculturalism and racial capitalism
- Early modern conceptions of artifice, imitation, and the “natural” versus the “crafted”
- Ecology of surfaces (interfaces, environment, artificiality of the “natural”)
- Artificial life, ecological simulation, digital materialities
This conference is thus an invitation to investigate the representational divide between surface and depth and the ways in which the superficial level of representation tends to outweigh the unseen implications lying under the surface. It will take place over one and a half days, with two half-days held simultaneously between Rutgers University (NJ, USA) and Aix-Marseille Université (France), on April 9–10, 2026.
Participants from the academic, artistic, and professional fields related to artificial intelligence will be taking part in this event, and we welcome submissions from doctoral students or early-career academics of all disciplinary perspectives for 15-minute presentations. Proposals, to be sent to amd508@rutgers.edu by January 20, 2026, should include a 250-word abstract with a working title, a 100-word bio, and a short bibliography.